mercredi 27 septembre 2017

Surprises du quotidien -1-



Parce que le quotidien est parfois bien surprenant. Cette petite histoire est une petite surprise, finalement bien anodine. Parfois, il y en a de très grandes, tellement grandes surprises que même un romancier n'aurait imaginé.

L’autre jour, jour de grève. 

Je dois prendre un TER pour me rendre à la Ville, où j’ai un rendez-vous professionnel. Le site SNCF m’indique que mon train est maintenu.
Je me dépêche alors pour ne surtout pas rater ce train, qui sera peut-être le seul de la matinée. En quittant mon bureau, une envie de pisser phénoménale, mais je préfère ne pas perdre 2 minutes. J’arrive pour une fois 10 minutes en avance. Tout le temps d’acheter mon billet, de filer aux toilettes, qui sont…fermées pour cause de travaux.
L’heure de mon train arrive, mais pas de train à l’horizon. Les minutes passent. Pas d’annonces. Au bout de 20 minutes, je vais me renseigner. J’apprends que le train a été annulé finalement. Le prochain est dans 45 minutes maintenant. Je râle intérieurement. Cela ne sert à rien de revenir à mon bureau, pour n’y bosser que 10 minutes, je préfère rester au soleil du quai.
Mais j’ai envie de pisser, je vais éclater.
Je repère au bout du quai des arbres et un jardinet. J’y jette un œil, mais je suis vu de tout le boulevard si je pisse là. J’avise un parking à côté, avec une haie charmante qui n’attend que moi. Je sors de la gare, me dirige vers le parking et sa petite haie. Des voitures sont garées. Je m’installe devant la première voiture garée, devant la haie. Je suis prêt à ouvrir mon pantalon, quand j’entends une musique derrière moi. Je me retourne. Rien. 

Pourtant la musique est bien là. 

Et là, je distingue au travers du pare-brise largement éclairée par le soleil qui se reflète dessus, la silhouette d’une femme qui attend dans sa voiture en lisant un bouquin. Mais qui se demande ce que je fais devant sa voiture….

Là, tu te trouves un peu surpris, un peu con, et tu repars en sifflotant, comme si de rien n’était. 

Finalement, j’irais attendre sur un banc que le TER arrive pour me jeter dans les toilettes du train, qui heureusement, n’étaient pas en panne.

vendredi 8 septembre 2017

120 battements

Évidemment, tout le monde a déjà commenté la sortie de ce film, vantant haut et fort ses qualités, ses manques, ses défaillances, ses approximations, etc....
Résultat de recherche d'images pour "120 battements par minute"Matoo a dit des choses très justes, Le roncier qui n'a pas vu le film me touche beaucoup et me fait m'interroger sur ce que peut produire le succès de ce film sur ceux qui ont vécu, partagé ces vies,  et je suis pour une fois assez d'accord avec la critique de Télérama.
Une chose est certaine, ce film ne laisse pas indifférent, et les réactions sont diverses selon les personnes, leurs propres expériences.
Je ne ferais pas une longue analyse de ce film, mais  en ce qui me concerne, homme d'abord, cinquantenaire marié, planqué, hétéro crypto homo, bi, ce film m'a beaucoup touché.

Touché car il nous plonge dans la décennie terrible et mortifère du Sida, où la mort est présente chaque jour, et dans un milieu que je n'ai jamais côtoyé. Le film montre l'urgence, l'urgence de vivre, de se défendre, d'aimer, d'agir. Il y a une énergie énorme là-dedans, et cette énergie est communicative. On aurait presque envie d'avoir vécu ça, pour cette énergie, cette passion qui habite tous les personnages. Mais bien sûr qu'on est totalement content de pas avoir eu à vivre ça. Cette manière de filmer le drame, sans être constamment dans le pathos, donne une force terrible à tout le film.

Ensuite, j'ai "découvert" Act Up, que je connaissais de nom, mais c'est tout. Je ne connaissais pas (ou plus) ce côté activiste. Une révélation pour moi. Les discussions en amphi, les codes d'intervention, l'organisation des réunions, tout cela m'a sidéré. Comme quoi, pour gagner des combats, il faut de l'énergie, du sens, et une sacrée organisation.
Il faut aussi des neurones, et ca discute énormément, ca échange. (Même si par moments, c'est un peu long, mais comme le dit Télérama, c'est sans doute une des rares fois où la discussion politique dans un film est bien rendue).
 
Et puis, il y a une très belle histoire d'amour, avec de très beaux moments. Et une scène de sexe entre hommes, comme on en voit rarement au cinéma, qui ne m'a pas du tout étonné, mais qui en a étonné plus d'un-e autour de moi (mais je ne pouvais dire que ce n'était pas une découverte pour moi, deux mecs qui font l'amour...).

Ce film est utile, poignant, touchant, terrible, drôle par moments, énergique, triste mais plein d'espoirs quand même, réaliste je pense. Avec de très bons acteurs.

Il est à voir quoiqu'en dise certains dont je peux comprendre néanmoins les avis, dès lors que l'on a vécu cette période de près.

mercredi 6 septembre 2017

Petit film dans ma petite tête?



Tous les étés, j’essaye de repasser voir des cousins que j’aime bien. Ils habitent dans un pays béni des dieux, où malgré ma bonne connaissance des usages internes, certains codes continuent à m’échapper. Notamment celui de la relation entre les hommes.
Au rez-de-chaussée de leur immeuble, il y a un magasin de réparations et vente de téléphones portables. C’est une petite boutique, toute vitrée. On y voit donc facilement de l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur. Et à chaque fois que je passe devant, je lance un salut poli de la tête ou de la main à l’homme qui fait tourner l’affaire, apparemment seul.
J’avais remarqué l’été dernier un sourire particulier, un regard interrogateur, presque coquin, mais pas tout à fait. En tous les cas, un petit quelque chose qui semblait dire « en es-tu ? Pourrait-on faire affaire ? ».
Mais comme il y a les cousins, que je suis accompagné de ma petite famille, ça ne va pas plus loin. Et on n’a jamais pu vraiment échangé.
Résultat de recherche d'images pour "clin d'oeil homme"Cet été, le jour de mon arrivée, en allant à pied vers la place, avec mes cousins,  je le croise en vélo, sans le reconnaitre. Il me fait un clin d’œil appuyé, que je remarque, bien évidemment, mais apparemment passé inaperçu des cousins qui discutaient et n’avaient pas vu. Je ne l’avais pas reconnu immédiatement, et  ce n’est que quelques minutes plus tard, que je le remets.
Les jours passent.
Je passe souvent devant la vitrine. Parfois il est là, et un échange de salut, rien de plus.
Je m’absente quelques jours.
Je reviens.
Et puis, une fin de matinée, j’attends devant sa vitrine les cousins qui n’arrivent pas.
Il arrive. Il arbore un fier sourire. Parce que je suis seul ?
C’est alors qu’il vient vers moi, et pour la première fois nous échangeons : que fais-tu ? Combien de temps restes-tu ? Où as-tu été ? Et démarre un échange très sympa, qu’on n’avait jamais eu auparavant. Tout ça dans une atmosphère très confiante et amicale.
Fin de l’échange, les cousins sont là.
Impossible de savoir s’il y a dans cet échange juste une manière sympa de nouer contact avec les visiteurs du quartier, ou si il y a un début de jeu de séduction et de drague là-dedans. Je ne connais pas assez les codes, et même dans une ville française, je me poserais sans doute le même genre de questions. 

Mais je me fais peut-être juste un petit film dans ma tête.
La suite dans quelques mois ou l’été prochain ?

dimanche 20 août 2017

Petit boxer de bain bleu



On était arrivé un peu tard. On avait trainé ce matin-là, le soleil était déjà haut, la mer toujours aussi bleue. Notre place à l’ombre était prise, des serviettes y étaient déjà étendues. Leurs propriétaires devaient nager. On s’est donc mis à côté, il restait un peu d’ombre quand même, mais on savait que dans une heure il n’y en aurait plus. 

En sortant de l’eau, les serviettes voisines étaient occupées. 
Enfin, juste une des trois serviettes. 

Il lisait un guide touristique de la région, avait des lunettes aux montures épaisses noires.
 Imberbe. La quarantaine. Musclé et fin. 
Il me faisait penser à Dyonisos

Il portait un boxer bleu ciel, presque du bleu du ciel, ou de la mer qui s’étalait devant nous. On y devinait son sexe reposé. La même couleur que le minimaillot de James Bond (Daniel Craig) sortant de l’eau dans « Casino Royal »….

Sa femme et sa fille sont arrivées. Sa voix était moins séduisante que le corps. 
Mais sa présence physique suffisait à me satisfaire. 

Et je me demandais ce que j’aurais fait si Dyonisos était effectivement arrivé sur une de ces plages de mes vacances, où moi aussi, j’étais en famille.